ITW. RACHEL LABASTIE

il y a 5 ans
Rachel Labastie “Enlisement”

Rachel Labastie “Enlisement”

Rachel Labastie est dans  un permanent jeu de forces contraires, elle nous invite à voir au-delà de l’apparence des choses. Elle nous livre ici son projet et sa manière de travailler dans le cadre de la Littorale#6.

Qui êtes-vous Rachel Labastie ?

Je suis sculpteur, je travaille souvent avec de l’argile. Ce que j’aime
dans le travail de la terre c’est qu’à travers elle je peux selon que je la
passe par le feu ou pas, exprimer une infinité de sensations et d’idées. En
même temps qu’elle me permet d’incarner mes idées, elle me rappelle sans
cesse à mes propres forces. La céramique est laborieuse et j’aime ce rapport
au temps, à l’expérience et à la durée. Parfois intervient le feu, c’est
l’outil de transmutation de la terre argileuse en céramique. Une fois dans le
confinement du four elle subit une transformation irréversible.

Que présentez-vous à la Littorale#6 ?

Pour le projet que j’ai réalisé à Izadia pour la Biennale Internationale
d’art contemporain « La littorale »,  je travaille avec une terre crue de
couleur brun rouge que j’ai mis au point lentement. Elle ne sèche ni ne durci
et garde toujours un aspect humide. Ainsi, elle évoque un état transitoire et
exprime à la fois le devenir et la mémoire de la matière Terre. Fabriquer ma
terre me permet de me sentir à la naissance de mon processus créatif,
d’inventer avec mes mains cette matière même que je vais mettre en forme.
Formellement on voit près du lac une embarcation comme extirpée de la terre.
En bruit de fond, le ressac de l’océan. La barque mesure une dizaine de
mètre. Sont visibles : coups de poings, mains, pieds, empreintes de genoux…
Ici, je parle du geste, du poids. Il y a quelque chose d’un acte désespéré
de fuite. Une fuite vouée à l’échec par le matériau qui constitue
l’embarcation. Rien n’étant plus lié au sol que la terre. Il y a un
rapport performatif également puisque toute les traces des extrémités de mon
corps sont visibles sur la pièce.

Quel lien ici avec le territoire ?

À travers cette embarcation de terre, je parle de la lutte incessante de
l’homme avec la matière. Le travail de la terre ou la lutte avec l’océan.
Ma démarche interroge donc le lien intime qui lie l’homme à la terre. Ce qui
est extraordinaire lorsque l’on met en forme de grandes quantités d’argile
c’est sentir la force de cet élément et par là même de se confronter à
ses propres forces physiques et intérieures et de finir par comprendre
l’élément pour agir avec lui. Ayant grandi sur la côte basque au bord de
l’océan je pourrai comparer l’expérience de la mise en forme de l’argile
à l’expérience de l’océan. Un même sentiment de fragilité face à la
force submergeante d’un élément. J’implique donc directement mon corps
dans la matière, l’espace et l’environnement qui se trouve ainsi exposé
dans toute sa fragilité.